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COMITÉ DE SECTION DU 2 JUIN 2008

COMITÉ DE SECTION DU 2 JUIN 2008

Posté le 10.06.2008 par bezierspcf
RAPPORT INTRODUCTIF DE GEORGES APAP

On le savait depuis longtemps, et la chose n’avait rien pour nous surprendre. Pourtant l’annonce offi­cielle qui a ouvert ce printemps au Parti Socialiste a réveillé notre torpeur avec brutalité. Une « déclara­tion de principe », élaborée par les instances diri­geantes, sera soumise aux militants le 14 juin pro­chain. Elle inscrit dans les textes une ligne politique qui s’en va contracter, avec celle de la droite clas­sique, un ma­riage de raison. Désormais le PS re­nonce à la lutte anticapitaliste, adhère à l’économie de marché et s’inscrit dans le libéralisme. A la conscience de classe se sub­stitue le principe de l’individualisme, celui-la même qui sert de fonde­ment idéologique à la droite. La référence au mar­xisme est définitivement bannie. En tant que nou­veau corps de doctrine, la démarche prend un carac­tère irréversible qui nous déconcerte. Nous ne nous sommes jamais fait beaucoup d'illusions sur les orien­tations politiques du PS, tels qu’ils appa­raissaient dans ses discours et ses choix électoraux, mais elles n’avaient pas pris jusqu’ici le caractère irrévocable d’une proclamation officielle à la face du monde. Le PS a cessé le combat et rentre dans le rang, définiti­vement.
Alors que le mouvement « Arc-en-ciel » a disparu en Ita­lie, qu’en Allemagne le SPD s’allie à la droite, et que «Die Linke» cultive l’ambiguïté dans laquelle, chez nous, Gayssot se complaît, l’idée révolutionnaire s’estompe dans le monde politique. La première page d’un numéro récent de l’Humanité portait en exergue une citation de Simone de Beauvoir commençant par la phrase suivante : « Il est peu de vertus plus tristes que la résignation ».
Une question est désormais pour nous de savoir jus­qu’où la direction de notre parti voudra nous conduire à la re­morque du PS, et si nous n’allons pas bientôt ap­prendre d’elle qu’elle se résigne à son tour et qu’elle abandonne, au nom du réalisme, toute ré­sistance à l’é­conomie de marché et toute revendica­tion marxiste.
Une autre question est de savoir jusqu’à quand nous al­lons accepter d’être conduits comme un troupeau de moutons.
Ce sont là les enjeux du 34e Congrès et de la bataille dans laquelle pourraient s’affronter d’une part les adeptes du renoncement, qui détiennent avec l’appareil une force considérable, et d’autre part une résistance qui se sait ma­joritaire depuis l’assemblée générale des 8 et 9 décembre derniers, et qui ne manque pas d’argu­ments.
C’est dans ces circonstances qu’André Gérin, maire com­muniste de Vénissieux, a été accueilli à la Section le 30 avril dernier, pour nous expliquer les raisons de la lutte qu’il engageait contre la direction, et de sa candi­dature aux fonctions de Secrétaire Général du Parti. Il expliqua longuement son engagement révolu­tionnaire. Ses argu­ments étaient les nôtres et sa dé­termination, sa sincérité, étaient d’un grand réconfort pour nous qui af­frontons les humeurs d’une fédéra­tion départementale délibérément hostile et politique­ment inconsistante. De­puis, l’enthou­siasme s’est re­froidi, au moins chez l’au­teur de ces lignes, quand a été révélée par les échanges de correspon­dances très récents d’André Gérin avec la section de Paris 15e et avec Stéphane Auriol, la vraie nature de son com­bat anticapitaliste. Ce n’est là qu’une réflexion person­nelle en marge du compte-rendu de la soirée. Les ex­cuses d’usage vous sont présentées pour cette digres­sion.
Le débat qui a suivi a pris une tonalité inattendue : on a assisté à un déferlement général de récrimina­tions diri­gées contre le Parti. La section était épar­gnée, cer­tains af­firmant même que si elle devait disparaître, ils s’en iraient. L’heure était à la contestation. André Gé­rin gardait cependant toute sa sérénité, et il a même sem­blé trouver une appro­bation dans la morosité am­biante. Il reste que l’opi­nion générale sur la soirée a été très positive, même chez les plus virulents. Cette visite mémorable de­vait être suivie, trois semaines plus tard, le 23 mai, d’une autre rencontre, elle aussi captivante quoi que moins solennelle. Le bureau de section avait eu la bonne idée de n’inviter aucun intervenant, et de laisser nos camarades s’exprimer sur mai 68 tel qu’ils l’avaient personnellement vécu. Des témoi­gnages concrets, authentiques, frappant dans leur sincérité, s’accompagnaient d’anecdotes souvent drôles ou émouvantes, quelquefois drama­tiques. La passion était palpable et l’on sentait dans les prises de parole comme un besoin de transmettre les émo­tions d’antan. Mais sous chaque parole trans­paraissaient les interrogations de tous sur le rôle du Parti et sa détermination révolutionnaire. C’est Mau­rice Verdier, alors secrétaire fédéral, qui apporta sur le sujet une réponse indiscutable car il recevait direc­tement les instructions de la direction. Elles tenaient en trois commandements, 1° ce n’est pas la révolu­tion. 2° il faut négocier sur les revendications. 3° le mot d’ordre c’est « gouvernement populaire ».
C’était à chacun de donner un sens à ce laconisme. Pour beaucoup la défection du Parti était claire. La négociation était un renoncement, et on était en droit de se demander par quelle opération subtile un gou­vernement populaire pouvait éclore sans révolu­tion, sauf à diverger sur le sens des mots. Quoi qu’il en soit ce fut une autre soirée réussie, couronnée par les saveurs d’une cuisine où Christiane et Evelyne s’é­taient surpassées.
Pendant ces réjouissances, l’actualité politique suivait son cours. Les lycéens et leurs professeurs mani­festaient contre la destruction de l’éducation natio­nale dans une protestation qui ne s’est pas en­core éteinte. Le 22 mai dernier une manifestation considé­rable contre une autre destruction, celle de nos ré­gimes de retraite, mobilisait dans le pays tout entier les salariés désabusés venus exprimer massi­vement leur déception. A leur tour, les travailleurs sans papiers exploités et traqués se mettaient en grève, soulevant dans l’opinion un mouvement de sympa­thie qui montra son efficacité. Ajoutant à la confusion générale, les pêcheurs, les agriculteurs et les routiers bloquent aujourd’hui encore les ports et les routes dans une action dure qui se poursuit contre la hausse démesurée du carburant.
On ne donnera pas dans ce résumé les détails de ces évènements par ailleurs bien connus. Il suffira d’une observation globale formulée par Aimé dans une intervention récente : il est regrettable que ces mouve­ments de protestation ne soient pas relayés politique­ment par un engagement conscient, sans lequel l’agi­tation n’a pas de portée transformatrice.
Autre événement notable, le vote à l’unanimité par le par­lement d’une loi admettant au rang d’éléments du patri­moine de la nation, les langues régionales. Chez nous cette avancée a été bien reçue. Jacques propose de déve­lopper ce sujet qui n’est pas sans rapport avec la crise de la viticulture. C’est avec les égards qui conviennent qu’on le laissera s’exprimer.
Enfin on terminera par où on avait commencé, la lente dérive et la résignation qui atteignent cette fois, comme par contamination, l’Humanité, journal du Parti. Ce dé­voiement est dénoncé par notre camarade Christian Har­quel dans une lettre à Patrick Le Hya­rick. Ce quoti­dien est la base de notre information. Or les questions qui pré­occupent les communistes y sont réduites au ré­gime de la portion congrue, le com­munisme en tant que parti y est transparent, et la ré­daction semble n’ aperce­voir que le PS dans un désert politique à gauche. L’aga­cement de notre camarade est légitime, sa réaction saine. On la sou­haiterait salu­taire. Car ce journal est le nôtre. Il devrait être un instrument de rassemblement et un organe de ré­flexion susceptible d’intéresser non seulement les com­munistes et leurs sympathisants, mais aussi tous ceux qui cherchent à s’affranchir d’un ordre social où règne l’ex­ploitation et dans lequel s’enfoncent et se complaisent des personnages ou des groupes dont cer­tains osent encore se dire de gauche.
N’oublions jamais : « Il est peu de vertus plus tristes que la résignation ».



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