Comité de section du 11 mai 2009.
Voici qu’avec le parfum du muguet s’évanouissent les rêves de celles et ceux à qui les piétinements derrière banderoles et slogans ne suffisaient plus. La pusillanimité des organisations syndicales est en train d’écorner leur crédit. On les aurait voulues à la pointe de l’action et on ne les aperçoit que comme prêcheurs de calme pour juguler les impatiences. Leurs manifestations ne sont que répétitives. Leurs commentaires d’après cortèges ne dépassent pas le niveau d’une polémique avec la police sur le nombre des manifestants. Le pouvoir en accueille les échos avec une condescendance qu’il ne dissimule même pas, les renvoyant à deux mois pour discuter des revendications du premier mai, dans une posture d’indifférence et de mépris.
Pourtant, si l’on en croit les sondages, le peuple aspire au changement, à l’arrêt des politiques réactionnaires, à la récupération de ses acquis sociaux et à leur consolidation. Le peuple sait maintenant que, derrière un autoritarisme affiché, les mensonges de début de mandat éclatent comme des bulles de savon et ne parviennent plus à dissimuler les mâles assurances ni les promesses inconsidérées. Les travailleurs ne sont plus dupes. Ils ne comptent plus que sur eux-mêmes et, après une longue patience, se livrent à des retenues de patrons dans leurs entreprises ou à des actes de désespoir comme à la sous-préfecture de Compiègne.
Aussitôt se récrient et parlent de violence ceux que ces manifestations effraient, qu’ils soient les bénéficiaires du système ou ceux qui les protègent, détenteurs de l’autorité publique. Ils invoquent l’ « état de droit », ce rempart érigé pour la protection des privilégiés contre la colère du peuple. Ils ne craignent aucune outrance dans la dramatisation. Roux de Bézieux, un patron habitué des plateaux de télévision, crie à l’escalade :« On commence, dit-il, par des séquestrations et puis… on tire sur Georges Besse ». On a envie de lui répondre : « On commence par demander du pain, on nous répond : mangez de la brioche ! alors on prend la Bastille ». Hortefeux, qui a enfermé avec une volupté visible tant d’immigrés, conseille aux patrons de déposer plainte pour séquestration. Alliot-Marie, hantée par la subversion tarnacoise, demande des poursuites « pour dégradations volontaires graves commises en réunion » à la sous-préfecture de Compiègne, tandis Xavier Bertrand, celui-là même qui a saccagé les retraites, le temps de travail et le régime des heures supplémentaires, exige qu’il n’y ait pas « la moindre complaisance avec ceux qui s’écartent ». D’autres encore, aussi nombreux qu’illustres dans la classe dominante, jouent l’indignation pour dissimuler leur peur.
L’embarras se lit dans les réponses des partis de gauche que l’agitation sociale met mal à l’aise, car l’humilité sied aux exploités. « Certes, disent-ils, tout cela est bien regrettable et nous le déplorons. Mais les salariés doivent être excusés, car la première violence vient des patrons ».
Est-ce qu’il ne va pas se trouver quelqu’un pour dire :« Non, je ne les excuse pas, je les approuve ! Je proclame que les actes qu’ils accomplissent sont légitimes. J’interdis qu’on les traite de casseurs. Ce ne sont pas des casseurs, ce sont des révoltés » ?
Il leur manque encore, pour être des révolutionnaires, une ambition plus ample que celle d’arracher des plans sociaux avantageux. Celle par exemple d’occuper leurs usines pour les prendre en mains en exigeant la constitution de Sociétés Coopératives de Production, premier pas timide, certes, mais dans la voie d’un cheminement vers un socialisme autogestionnaire par l’appropriation collective de l’outil de production.
Car la révolution eut été la riposte la plus appropriée face à la crise. Le capitalisme s’est trouvé un temps dans un tel état de faiblesse que se présentait l’occasion de lui porter de sérieux coups. Il fallait le démanteler. Hélas, la direction de notre parti fit comprendre qu’elle n’avait pas la moindre intention de lui donner le coup de grâce. Elle présenta une plate-forme où, à côté de revendications de nature syndicale, elle proposait la constitution d’un pôle financier public pour remédier aux abus de la spéculation, autrement dit un moyen de renforcer le système capitaliste en le moralisant, comme l’annonçaient nos gouvernants sans y croire, car chacun savait bien qu’un pôle financier public volerait en éclats au premier froncement de sourcil des spéculateurs enfin rétablis dans leur formidable puissance.
Cette connivence avec les gardiens du système, ce défaut de tout schéma révolutionnaire même embryonnaire, continuent de précipiter le Parti dans un discrédit qui finirait bien par lui être fatal. Notre représentant au conseil National, Paul Barbazange, ne manque pas de nous décrire cette dégradation de l’idée communiste au niveau supérieur dans le Parti. Nous en avons eu le reflet au dernier Conseil Départemental. Au terme d’un discours introductif sans relief nous annonçant le tracé d’une perspective politique que nous attendîmes avec curiosité, aucun écho du moindre projet ne se fit entendre, car il était patent qu’il n’y en avait aucun.
Dans ce vide idéologique, au nom duquel on tente d’éliminer notre section pour la promotion d’un groupe fantoche, nous communistes imprégnés de culture marxiste aurions pu craindre l’isolement. Il n’en est rien, car nous savons que nous sommes en communion d’idées et de projets avec beaucoup d’autres, dans le Parti et plus encore en dehors.
En dehors du Parti nous sommes rejoints, ou en passe de l’être, par tous ceux que notre déclin électoral désespérait et dont certains s’étaient regroupés dans des structures telles que « Convergence communiste », « Rouge vifs », « PRCF » et autres. Ils retrouvent avec nous des raisons de ranimer leur foi révolutionnaire. Ce n’est pas par hasard non plus que nous avons enregistré vingt nouvelles adhésions depuis le début de l’année.
Mais, dans le Parti, l’événement le plus considérable est la constitution, à laquelle nous avons participé, du réseau : « Faire vivre et renforcer le PCF». L’annonce officielle, qui en a été faite à la Secrétaire Générale par André Gérin, a reçu un de ces accueils évasifs et fuyants auxquels nous avait habitués, nous biterrois, la commission des conflits. On connaît les objectifs de ce réseau, qui regroupe les opposants à la ligne politique déclinante de ceux qui se maintiennent, par des artifices, à la tête du Parti. On sait que ces objectifs entraînent l’adhésion d’une majorité de militants et que cette majorité peine à s’affirmer dans le dédale organisé des mécanismes électoraux internes. Bien des espoirs reposent sur ce réseau auquel nos délégués au Conseil National du 13 mai vont commencer à donner corps. Il puisera dans sa dimension nationale une légitimité suffisante pour parler haut et fort.
Dans le Biterrois notre union heureuse avec la Ligue Communiste Révolutionnaire lors des dernières municipales se poursuit avec le NPA, son avatar récent. Le 30 avril dernier un bilan de l’action municipale de la liste commune a été dressé. Aimé est invité à participer aux ateliers de préparation de leur fête du 28 mai. Il s’y rendra. Enfin un communiqué de presse commun est en gestation avec le NPA et le POI. Des approches politiques voisines permettent ces pourparlers et affirment nos résolutions communes anticapitalistes.
Il faut mettre en exergue, sur ce chapitre, la rencontre spectaculaire de Limoux organisée le 23 avril dernier à l’initiative de la Convergence communiste de l’Aude, et où d’anciens communistes désabusés ont convié entre autres, des représentants de notre section. On en trouvera un compte-rendu complet dressé par Paul, dans le prochain numéro de notre « Camel ». On comprend ce qu’a d’émouvant la démarche audoise dans le nouvel essor d’un authentique communisme. Elle sera au centre d’un de nos débats à la fête de la Plantade sur le thème « organisation et rassemblement communistes ».
Il n’est pas possible de rendre compte dans ce rapport, du détail de toutes les actions de la section, au sujet notamment du repas à thème du 5 juin, de la prochaine féria, de la mise en place de l’école de section, ni du stand de la section à la fête de l’Humanité du Grand-Sud. On trouvera ci-après les renseignements concernant ces manifestations qui, pour l’instant, ne requièrent pas de commentaires dans le présent rapport.
Mais il est impossible de passer sous silence les élections européennes du 7 juin. Dans notre région, ce fut le meeting de Sérignan du Jeudi 23 avril. Le Front de Gauche organisait une grande soirée destinée à présenter la liste du Grand Sud, conduite par Mélanchon et Daguerre. 250 personnes y étaient. Le sentiment exprimé par ceux des nôtres qui s’étaient déplacés a été que la campagne « n’embrayait » pas. Pourtant le discours était fourni en propos révolutionnaires. On entendit parler, paraît-il, d’un mode de production collectiviste avec socialisation des moyens de production et planification à long terme. Hélas, ces belles paroles se noyèrent corps et biens quand il fut question de batailles électorales. On nous rapporte que fut exprimé sans ambages le principe dit « de la discipline républicaine » qui commandait au second tour le report des voix sur les socialistes, histoire de nous faire ingurgiter une nouvelle mouture de la gauche plurielle polluée, cette fois, par Bayrou. On dit aussi que furent annoncées sans davantage de précaution des listes d’union avec les socialistes aux prochaines élections régionales, selon une stratégie qui nous a fait tant de mal.
La déception est grande, et chez nous, les militants de base ne sont pas prêts à accepter de nouvelles compromissions. Pourtant la direction du Parti entre dans ce jeu et pariera une nouvelle fois pour l’électoralisme contre la pureté des convictions. La discipline de Parti nous impose d’entrer dans le mouvement, mais nous ne le ferons qu’en exprimant aussi notre propre sensibilité. Nous aborderons la campagne du Front de gauche sans rien dissimuler de notre engagement communiste, et même en le proclamant.
Nous l’avons déjà fait de belle manière. Les affiches ont été barrées sur toute leur largeur par une bande jaune arborant un slogan tonitruant et qui a connu un succès détonant :
«Faisons péter l’Europe capitaliste!»
Georges Apap