SPÉCIAL ÉLECTIONS EUROPÉENNES
un outil indispensable à l'ouverture du débat, 84 pages de révélations, d’analyses, de points de vue: le nouveau hors-série de l’Humanité, spécial élections européennes, est disponible chez votre marchand de journaux.
Qui ne se souvient du rôle que joua l’Humanité dans la campagne du « non » de gauche à la Constitution européenne en 2004 et 2005 ? La même démarche nous inspire aujourd’hui.
Éclairer les enjeux du scrutin, c’est l’ambition que se fixe ce numéro exceptionnel de l’Humanité. D’abord en dressant le bilan des politiques libérales qui ont mené à la crise. Les dogmes qu’on nous présentait comme inaltérables explosent de toutes parts. Une large part du hors-série est consacrée aux alternatives qu’une gauche qui ne renonce pas doit mettre en débat. Comment bâtir une Europe sociale? Quels droits pour les salariés? Des salaires décents dans toute l’Europe. Des services publics européens. Changer le statut et les missions de la BCE. Des crédits sélectifs favorisant l’emploi. Mais aussi en finir avec l’Europe forteresse, qui emprisonne et expulse les damnés de la Terre.
Nicolas Sarkozy a commis un acte grave en piétinant le vote des Français lors du référendum et en faisant adopter par voie parlementaire le traité dit de Lisbonne, qui n’est qu’une copie de la constitution rejetée par le peuple.
Nous invitons les citoyens à juger sur pièces. Nous publions une étude comparative entre le texte du traité de Lisbonne et celui de la constitution. Ce décryptage, l’Humanité est, une fois de plus, le seul journal à le publier. Comme en 2005, nous nous attachons à lancer le débat de fond. À la faveur des élections européennes, peut-on combattre la crise dont les politiques libérales ont accouché ? Peut-on faire respecter les votes des peuples qui ont dit non à l’eurolibéralisme ? Peut-on répondre aux aspirations du monde du travail, exprimées à plusieurs reprises lors de manifestations européennes par la Confédération européenne des syndicats ?
Des personnalités politiques, syndicales, scientifiques, associatives de France et du monde contribuent à la richesse de ce hors-série : Pascal Boniface, Giusto Catania, Denis Durand, Jacques Généreux, Gisèle Halimi, Jacky Hénin, Jean Jouzel, Patrick Le Hyaric, Didier Le Reste, Jean-Luc Mélenchon, John Monks, Evo Morales, Christian Picquet, Claire Rodier, Leïla Shahid, Aminata Traoré, Paul Vergès, Francis Wurtz…
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Un nombre important de camarades m’a demandé comment j’ai vécu à Frontignan le premier meeting national du «Front de Gauche». Voici mes réactions, après la dernière cession du Conseil National du PCFoù j’ai été amené à donner de façon très résumée mon appréciation (voir «Communiste»)
J’ai participé comme certains d’entre nous au premier meeting du «Front de Gauche» créé par le PCF et le Parti de Gauche (PG) pour les européennes. Il avait lieu dans une salle pouvant recevoir un millier de personnes, la salle était pleine. Si l’on en croit les applaudissements pour une bonne part de camarades. Je n’ai pas personnellement retrouvé l’ambiance exceptionnelle qu’avait connu le premier meeting du NON à Fréjorgues (4000 personnes et presque les mêmes orateurs). Manquait en particulier la jeunesse. Mais ce meeting du NON était plus tard dans la campagne.
Une perspective, un espoir politique est peut être en train de naître
Regardons cela de plus prêt. Huit interventions ont eu lieu. Seul Nikonoff pour le M’PEP, un mouvement dissident d’ATTAC, s’est distingué en condamnant l’actuelle construction européenne. Les autres intervenants ont décliné la diversité de leurs positionnements politiques pour aménager l’Europe.
Trois interventions sont réellement sorties du lot :
Celle du représentant départemental de la LCR-NPA venu rappeler que pour son organisation il ne peut y avoir d’alliances «à géométrie variable»: avec son organisation aux européennes et ensuite avec le PS aux régionales et autres élections. Cette intervention a suscité beaucoup de remous, elle a été diversement appréciée par la salle.
Mélenchon, lui a conclu le meeting par une envolée oratoire de talent, il nous a livré un grand classique social-démocrate… de gauche si l’on veut, mais je l’ai entendu reprendre son argumentation classique «Pour une République Sociale». Point de transformations révolutionnaires, même si depuis les précédentes campagnes la crise pose de nouveaux problèmes. L’orateur a du talent, il sait s’en servir et recueillir des applaudissements ravis. Il reste ce qu’il déclare être: un dirigeant social démocrate.
Francis Würtz, député européen sortant, s’est lui exprimé en avant dernier pour le PCF. Nettement plus à gauche que les autres. Rencontrant quelques difficultés à avancer des mesures positives pour les travailleurs prises au cœur de l’institution européenne. Il a préféré insister sur la nécessité de «travailler avec les sociaux démocrates» quand quelque chose est possible ; par exemple, empêcher l’application en France de la loi sur les 65 heures de travail. Ceci personne ne le conteste, et surtout pas moi, cela fait partie d’une pratique permanente des élus communistes. Elle caractérise notre action politique.
Par contre il ne m’a pas convaincu sur deux questions incontournables :
La nature de l’actuelle construction européenne, question jamais abordée par F. Würtz et le PGE, Parti de la Gauche Europénne qui qualifie dans les premières lignes de son programme les dirigeants européens «d’élites irresponsables». Le PGE et F. Würtz font comme si la construction européenne actuelle était amendable. On reste dans le registre de la campagne «Bouge l’Europe» menée il y a quelques années. Les peuples d’Europe pourraient par un vote (ou des votes) transformer l’Europe construite depuis 1958 comme un grand marché capitaliste au service de l’impérialisme américain en une affaire des peuples pour les peuples. Et ce avec un rapport des forces électorals très défavorable aux progressistes dans toute l’Europe. Malheureusement pour cette thèse il y a eu les NON des peuples de France, Pays Bas et Irlande. Nous avons vu comment les forces capitalistes les ont contournés. Se moquent des votes si ceux-ci ne s’appuient sur des luttes politiques de très haut niveau.
L’autre question est celle des liens entre «les moments électoraux» et les luttes de classe. Avec les diverses formes qui se développent aujourd’hui: des journées «classiques» pouvant évoluer vers des mouvements plus longs aux multiples actions de résistance, de désobéissance face à l’insupportable. Un processus est en cours. Il peut conduire à une radicalisation politique.
Les communistes peuvent avoir un rôle majeur dans ce processus de radicalisation
Nous avons mieux à faire que scander jusqu’à épuisement «unité! unité! unité!», dans les meetings du «Front de gauche». Je crois qu’avec une majorité de communistes nous saurons être à la hauteur des enjeux de classe face à la plus grande crise du capitalisme de puis 1929. Dans les luttes, en leur donnant plus d’importance, plus de force, un caractère unitaire renforcé. Mais surtout un contenu politique sans ambiguïté. Le 29 janvier, les militants de la section de Béziers du PCF défilaient avec des pancartes portant le mot d’ordre «pour en finir avec la crise, sortir du capitalisme». En cela ils portent leurs propositions politiques au niveau des enjeux. Nous avons été très bien accueillis par les manifestants. Cet enjeux est très haut. Sachons en communiste mettre nos propositions politiques à la hauteur, bien plus loin que l’actuel contenu des meetings du Front de Gauche.
Il ne tient qu’à nous que notre action déterminée pèse d’ici juin pour modifier ces contenus dans le sens qu’impose la crise du capitalisme. Un «bon» résultat électoral de ce «Front» est lié à cette évolution du contenu… car il y aura concurrence sur notre gauche et bien plus dangereux, l’abstention dans les urnes et la résignation sociale.
Béziers, le 10 février 2009 - Paul Barbazange, secrétaire de la section du PCF de Béziers, membre du CN